ALEXANDRA MAS – PRECONÇUE

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By Ira de Puiff & Indigo
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ALEXANDRA MAS et l’éveil du Phoenix


Alexandra Mas, cette jeune femme au regard perçant, peut très bien lire en vous comme dans un miroir. Face à l’une de ses œuvres, nous sommes tel Dorian Gray devant son reflet. Ce n’est pas par hasard : chacune des créations d’Alexandra Mas – que ce soit une toile, une pictographie, une installation, un objet d’art… – est le résultat de longues recherches basées non seulement sur sa propre expérience mais aussi et surtout sur la mémoire collective. D’origine russe, Alexandra Mas a grandi en Transylvanie, dans les Carpates, et a fait ses études à Bucarest. Elle part pour la France puis les Etats-Unis, avant de revenir dans l’hexagone où elle vit et travaille actuellement.

Son destin artistique est assez complexe et s’est nourri de ses expériences. Pendant très longtemps sa passion pour les Arts n’a pas fléchi devant les sirènes du monde de la mode et sa carrière de modèle qu’elle a toujours plus ou moins considérée comme une étape, une opportunité pour mieux faire face à ses ambitions artistiques. Alexandra a aussi travaillé comme assistante de l’architecte en chef du Louvre, elle a enseigné à l’école de jeunes talents à Beverly Hills, et a collaboré entre autres avec le créateur de mode Eric Tibusch.

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Phoenix" pictographie 120/80cm (sublichromie et huile sur métal) - All Rights Reserved Alexandra MAS archives

ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Phoenix » pictographie 120/80cm (sublichromie et huile sur métal)


Parle nous un peu de ton dernier projet.

Et bien, c’est en ce moment justement ! Je fais une exposition sur les idées « PRECONÇUEs », qui est d’ailleurs le titre de l’exposition. « PRECONÇUE » est un ensemble de douze œuvres pictographiques (photo – peinture à l’huile – installations pour certaines) dont la réalisation a duré quatre ans, du début du projet à la finalisation. Cette série de photographies illustre les moments les plus mémorables de mes rencontres, ces regards d’hommes et de femmes posés sur moi à différentes époques de ma vie (de l’enfant à l’âge adulte) qui m’ont marquée suffisamment pour rester gravés dans ma mémoire émotionnelle. C’est une série d’autoportraits pictographiques à travers laquelle j’illustre de façon militante, grâce au ridicule et au kitch, les étiquettes que la société colle sur l’image des femmes. Après plusieurs années de recherche dans différents milieux sociaux auprès d’une cinquantaine de femmes, j’ai isolé douze sujets d’expérimentation artistique, tous témoins d’une époque absurde et contradictoire !

Et quels sont ces douze sujets, que représentent-ils exactement pour toi, pour le spectateur ?

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Diva" - Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Diva »

Déjà, je souhaitais une scénographie très particulière pour les oeuvres exposées, quelque chose qui puisse inviter le spectateur à être aussi acteur. Qu’il puisse participer à sa manière et à les transformer, les faire évoluer. J’ai donc imaginé une sorte de performance donnant la possibilité aux visiteurs de salir mon image, celle que je présente. Pour cela, un pot construit par les pages des journaux people du moment, met a disposition des peintures acryliques, devant la « DIVA », afin que chacun puisse s’y donner à cœur joie ! (rires) C’est une sorte d’action-painting, où je laisse les touches finales aux visiteurs ! Pour « JE PENSE DONC JE SUIS » qui est une sublichromie sur métal, sans aucune intervention de ma part, j’invite cette fois les visiteurs, à remplir les pages blanches d’un magazine ironique posé à cet effet sous l’image. Le but est de laisser parler sa verve sur la Beauté dans la société d’aujourd’hui. Avec « TOUS MES MOI », installation d’une trentaine d’autoportraits, j’ai voulu impliquer le spectateur dans un vrai jeu de peaux afin qu’il s’y reflète et se confronte à cette question qui plane – « si j’avais un emballage différent, comment serais-je perçue ?» Le tout est accompagné d’une oeuvre sonore complexe, composition de Mike Altrin et Vlad Sturdza sur mes paroles. 

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Diva" -Source : Alexandra MAS archives / ©MSW

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Diva » -Source : Alexandra MAS archives / ©MSW

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "A certain Beauty idea" by Ira de Puiff & Indigo - Source : Alexandra Mas archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « A certain Beauty idea » by Ira de Puiff & Indigo – Source : Alexandra Mas archives

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Je Pense donc Je Suis" Sublichromie sur métal / "Ego" Mosaïque Miroir - Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Je Pense donc Je Suis » Sublichromie sur métal / « Ego » Mosaïque Miroir (detail)

Il y a aussi « EGO » où j’ai voulu inviter les visiteurs à lire des textes sur l’égocentrisme et la perversion narcissique tout en se regardant dans une mosaïque miroir… Puis « NOUS » ou je ne suis que simple collectionneur des portraits… mais il ne faut pas que je donne trop de détails non plus, sinon il n’y aura plus de suspense ! (rires)

Justement, l’oeuvre « NOUS » a une place bien particulière au sein de l’exposition puisque ce mur de visages qui accueille le visiteur à l’entrée donne tout de suite le ton…

Oui, tout à fait ! Parce que je ne voulais pas d’une exposition nombriliste, presque cinquante femmes ont partagé leur histoire et m’ont aidé à sélectionner les sujets. Un certain nombre d’entre elles à également accepté de participer avec leurs portraits dans l’oeuvre « NOUS », qui est un travail à vocation anthropologique. Une trentaine de femmes s’auto-décrivent à partir de leur propre image. La force de cette oeuvre réside dans leurs messages car elles se décrivent telles qu’elles souhaitent être perçues. Depuis l’origine du projet je me suis entretenue avec toutes ces femmes merveilleuses qui viennent de multiples univers. Ayant un fort besoin de sortir du silence, j’ai trouvé en elles des alter-ego prêtes à s’exprimer à leur manière !

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Nous" - Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Nous » – Source : Alexandra MAS archives

Est-ce une exposition qui veut tirer un signal d’alarme, qui se veut engagée ?

L’exposition « PRECONÇUE » milite pour la liberté d’être et celle d’être vues telles que nous sommes. C’est un signal d’alarme, oui ! C’est un cri de désespoir face à la tendance de notre société à nous réduire à une étiquette qui le plus souvent est à des milliers d’années lumière de notre vrai moi-intérieur. Je n’ai pas de mots pour exprimer la douleur que j’ai vécue ou que l’on a partagée avec moi. Lorsque l’on saupoudre cela d’un peu d’ignorance et d’intolérance… et bien, on obtient les idées préconçues ! C’est un sujet tabou derrière lequel se cache beaucoup de souffrance. J’ai voulu mettre en exergue cet état de fait car nous sommes le fruit de nos gènes, de notre héritage culturel, de notre chemin parcouru, de nos rêves…et du regard des autres. Parfois, on nie et on fuit ce regard, on essaie de l’ignorer ou de le combattre. Mais, on peut aussi l’adopter dès qu’il nous flatte : alors, on l’utilise ! Ce regard, tantôt dénigrant ou valorisant, nous porte et contribue à notre évolution personnelle. Complexant, fragilisant ou envoûtant, blessant ou hilarant, je considère ce regard comme « un moi », « un autre moi » perçu à travers le prisme d’une autre personne, façonnée par sa culture, son héritage et ses expériences. Ainsi, nous nous retrouvons au fil de nos rencontres comme des œuvres d’art intimistes à la lisière de l’incompréhension…

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "AMOI" - Source : Alexandra Mas archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « AMOI » – Source : Alexandra Mas archives

 


Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - Artist Portrait / Bordeaux Private Exhibition by Luxury Real Estate Agency Carole Bourgade 2015 - ©MSW

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – Artist Portrait / Bordeaux Private Exhibition by Luxury Real Estate Agency Carole Bourgade 2015 – ©MSW

Parle-nous de ta jeunesse et de tes rêves d’enfant.

J’aime beaucoup le pays où je suis née, la Roumanie, en particulier la Transylvanie: les grandes forêts à perte de vue, les montagnes, les animaux…c’est un endroit assez magique. À l’époque, il y avait encore beaucoup d’allemands, de hongrois, et tout ce monde se côtoyait, se mélangeait ce qui permettait aux enfants de parler plusieurs langues. Du point de vue ethnique et traditions c’était très beau parce que c’était souvent deux Noëls, deux fêtes de pâques, et nous passions facilement d’une famille à l’autre… J’ai ensuite été à Bucarest pour mes études car ma mère considérait qu’il fallait être à la capitale pour avoir de bonnes écoles.

Malgré le fait que nous vivions en Roumanie, ma famille a toujours tenté de préserver sa culture russe. Et même si la Roumanie était mon pays, j’ai toujours considéré la Russie comme ma patrie.

Ce monde un peu idyllique et poétique tel que tu le décris, mais aussi généreux et cosmopolite t’a appris la tolérance et le goût de la différence…

Tout à fait, et si je me suis aussi bien intégrée en France par la suite c’est vraiment grâce à ça ! Depuis ma plus tendre enfance, j’ai appris à respecter et à accepter les traditions des autres, à les adopter même, à ne pas juger, à m’enrichir de tout ça… c’est la définition même du voyage lorsque l’on rencontre des gens de différents horizons. Nous déjà, nous étions téléportés dans ce monde. Ma famille s’est employée à préserver les traditions russes. Ma mère est allée jusqu’à imposer que je porte son nom à elle et non celui de mon père qui lui était Hongrois-Autrichien parce qu’elle voulait que je ne perde pas mon identité russe. Lorsque j’ai vécu aux USA, c’était beaucoup plus simple parce que je disais « je suis russe, hongroise, autrichienne avec des origines allemandes lointaines, née en Roumanie, j’ai vécu et fini mes études en France, donc je suis européenne ! ».

Une fois que tu as atterri à Bucarest, quel a été le déclic qui t’a conduite vers tes passions ?

Dans ma famille, il y a deux branches bien distinctes : les scientifiques et les artistes. Mon oncle Mircea Milcovitch est un grand sculpteur franco-russe. Mon autre oncle, qui est décédé lorsque j’étais enfant, était graveur. Mon cousin russe Ilya Yakushev est pianiste. J’ai eu beaucoup de chance de grandir dans un milieu artistique aux côtés de ma marraine qui recevait les élites culturelles et artistiques.

Ma mère travaillait dans le milieu médical, et je me suis également passionnée pour l’anatomie. Tout le monde m’imaginait alors évoluer vers la médecine. Il faut savoir que dans le système communiste, à l’école, on préparait les enfants dés leur plus jeune âge à suivre leur voie. À 14 ans j’étais prédisposée à intégrer le lycée de physique et biologie. Et puis un jour, un très bon ami de ma mère, alors professeur aux Beaux Arts, le sculpteur Serban Cretoiu, qui avait gardé des dessins et des peintures que j’avais faits dès mon plus jeune âge, m’a dit «  Est-ce que tu veux vraiment faire de la médecine, car moi je pense que tu devrais passer l’examen aux Beaux Arts ». C’est ainsi que, sans le dire à ma mère, et grâce à l’aide de ma grand-mère, j’ai suivi des cours intensifs aux Beaux Arts. C’était très risqué, nous étions encore dans les traditions communistes, et dans mon école j’étais montrée du doigt.

Comment ta mère a-t-elle réagi ?

Au départ, elle a été choquée car je ne lui avais jamais menti auparavant. Et là, ce n’était pas un mensonge, c’était carrément un scénario (rires). Bien sûr, elle aurait préféré me voir faire un métier plus sûr et plus stable, mais elle a eu beaucoup de respect pour mon choix. Maman a toujours fait preuve de tolérance et de compréhension. Mon oncle, en revanche, était opposé car pour lui, une femme artiste c’était impossible, parce qu’une femme artiste doit sacrifier sa vie de famille, elle va toujours avoir un probléme vis à vis de sa féminité, de sa reconnaissance… tout ce que les femmes artistes vivent et sont en train de vivre encore aujourd’hui. Il est beaucoup plus difficile de communiquer son message artistique en tant que femme qu’en tant qu’homme. Niki de Saint Phalle, par exemple, l’a très bien exprimée lors de son exposition rétrospective, cette revendication de femme.

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "A King's Head II" pictographie 60x80 / "Androïde" Paris Exhibition Ticolas Gallery - All Rights Reserved Alexandra Mas archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « A King’s Head II » pictographie 60×80 / « Androïde » Paris Exhibition Ticolas Gallery


 

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - L'artiste dans son atelier - ©Daniel Besikian

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – L’artiste dans son atelier – ©Daniel Besikian

Qui était ton premier mentor ?

C’était un grand artiste, un maître de la gravure, Marcel Chirnoagă. J’ai passé des années dans son atelier pendant mes études au collège des arts. J’’étais une enfant, assez sauvage et peu bavarde, j’observais. Marcel n’est pas qu’une célébrité qui a fait avec ses expositions le tour du monde, il était avant tout une forte personnalité avec un potentiel intérieur sans pareil. Beaucoup d’artistes sont passés par son atelier : des écrivains, des acteurs… même des prêtres. Il pouvait aborder n’importe quel sujet. Il avait une culture générale grandiose. Je n’osais pas participer à leurs conversations, et je restais là, à l’écart, en dessinant et écoutant attentivement leurs échanges. Je lui dois donc une partie de ma culture, je n’oublierai jamais Marcel.

Que gardes-tu de ton mentor, de tes études ?

Marcel m’a montré une technique très rare de la gravure (en fer brut) et m’a appris à ne pas avoir peur de mélanger des matériaux différents, de travailler sans gants pour mieux sentir la matière. La passion pour la représentation du corps, je la tiens également de lui. Mes études à l’université m’ont également beaucoup apporté, l’anatomie étant une discipline obligatoire. Mon professeur d’anatomie était très strict et exigeant. J’avoue que j’ai eu les pires notes dans cette discipline (rires).

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - Première acvaforte 1993 - Source : Alexandra Mas archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – Première acvaforte 1993 – Source : Alexandra Mas archives

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "L'Héritage" acvaforte - Source : Alexandra Mas archives

ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « L’Héritage » acvaforte

Crois-tu que les études académiques sont nécessaires pour devenir un véritable artiste ?

J’ai eu une chance inouïe de pouvoir, à 14 ans, commencer une éducation aussi poussée dans les techniques artistiques, dans l’histoire de l’art, dans la philosophie liée à l’art, dans l’esthétique, dans la chromatologie… Ce sont des matières qui ne sont pas forcément enseignées dans les universités d’art, même aujourd’hui… Je connais beaucoup d’artistes qui ne savent pas ce qu’est la chromatologie. C’est parce qu’ils n’ont pas eu, je suppose, un apprentissage académique. Attention, je ne suis pas pour l’Art Académique mais pour l’apprentissage académique, car pour faire de l’Art Contemporain, pour faire de l’Art Abstrait, de l’Art Militant, ou bien Minimaliste nous avons besoin d’une certaine culture, d’un certain savoir-faire, pour justement aller au-delà, extrapoler, explorer… et avoir une liberté plus grande pour exprimer ses émotions.

Y’a-t-il un lien entre la profondeur de l’œuvre artistique et l’âge de son créateur ?

Je pense que oui. À 20 ans, on est encore un peu superficiel. Et pour créer une œuvre abstraite, minimaliste ou conceptuelle il faut déjà de l’expérience qui permette de rendre des messages complexes plus compréhensibles, grâce aux couleurs, aux lignes et aux formes. Je ne parle pas des génies qui ont la capacité de sentir les choses les plus profondes dès leur plus jeune âge.

Comment pourrais-tu caractériser ton parcours créatif ?

Très long, plein de obstacles et de surprises ! J’ai très vite compris que pour réussir dans l’art, il faut 30 % de talent et le reste, c’est du travail. J’ai vu beaucoup de gens talentueux qui n’ont pas vraiment réussi du fait qu’ils comptaient beaucoup trop sur leur talent. Du coup, cela limitait leur travail.

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Thought Being" / "A Tear for Humans" 2015 - Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Thought Being » / « A Tear for Humans » 2015

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Le Roi qui arrêta le temps " / "La Cupidité" / Bordeaux Private Exhibition by Luxury Real Estate Agency Carole Bourgade 2015 - ©MSW

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Le Roi qui arrêta le temps  » / « La Cupidité »  ©MSW

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Proto Mater III" - Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Proto Mater III » – Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "The Canvas" 300x160 - Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « The Canvas » 300×160 – Source : Alexandra MAS archives


Comment a débuté ta carrière de mannequin ?

Franchement, je n’ai jamais vraiment pensé à une carrière de mannequin. Je n’avais même pas de book au début, juste quelques photos amateur. Et j’ai été engagée ! Le contrat a été signé sur le champ. J’ai donc dû choisir entre l’avenir assuré et confortable à l’université de Bucarest et les perspectives assez vagues d’un modèle étranger à Paris. Je voulais aller ailleurs, voir le monde, j’ai choisi la seconde option.

On pouvait donc mettre un point final sur ta carrière d’artiste à l’époque ?

En aucun cas ! Je ne voulais aucunement briser mes rêves artistiques. Je me suis donc employée à trouver tout de suite des cours d’art à Paris. J’ai passé mon concours, avec succès. Et ma vie s’est mise à tourner comme un vrai carrousel : défilés, castings, cours à l’école d’art… J’ai obtenu mon diplôme de designer architecte et me suis retrouvée au bureau du Louvre.

Était-ce une expérience positive ? 

Oui, le métier de mannequin m’a rendue plus courageuse, plus détendue. Avant, j’étais tellement timide que je n’osais même pas donner des titres à mes propres tableaux !

Comment as-tu réussi à concilier ta carrière mode et artistique ?

J’ai fait un stage de design dans la Maison Christian Dior. Le créateur Alexis Mabille y était responsable des accessoires femme, et c’est grâce à lui que j’ai ressenti le goût pour la création des objets d’art. Puis, j’ai fait du design scénographique pour différents projets.

Et ta période américaine ?

Inoubliable ! Tout en continuant ma carrière de mannequin, j’ai trouvé un travail dans une école pour jeunes talents, à Beverly Hills où j’ai enseigné et dirigé une cathèdre. J’ai eu la chance de travailler avec de célèbres photographes : Peter Lindbergh, Mario Testino… Tout allait très bien, j’aimais cette vie. Mais pour des raisons personnelles, j’ai été obligée de revenir à Paris. Ce fut un vrai choc.

Dans quel sens ?

Imaginez qu’après les États-Unis, où l’on t’accueille comme un wunderkind et où, avec un peu de talent, tout est possible, en France, le monde professionnel est constitué de systèmes plus cloisonnés qui ne communiquent pas toujours entre eux. Dans ces conditions, il est très difficile de percer. J’avoue que c’était déprimant. Mais à un moment donné, je me suis dit que j’avais une passion et que je devais m’y consacrer. Je me suis donc plongée dans la peinture. Un an après, j’ai eu ma première exposition personnelle à Londres. C’est aussi à ce moment là que j’ai commencé à travailler avec le couturier Eric Tibusch.

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Art à Porter" / Alexandra Mas & Eric Tibusch Paris Couture / Fashion Show 2012_2013 / "Trompe L'oeil" / "Vanité aux Jonquilles" - Source : Alexandra Mas Archives

ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Art à Porter » / Alexandra Mas & Eric Tibusch Paris Couture / Fashion Show 2012_2013 / « Trompe L’oeil » / « Vanité aux Jonquilles »

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Art à Porter" / Model : Lucille Doublet - Source : Alexandra Mas Archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Art à Porter » / Model : Lucille Doublet – Source : Alexandra Mas Archives

Est-ce vrai que vous étiez les premiers à utiliser de véritables tableaux dans des collections de vêtements ?

Oui, c’est exact. Marie-Christiane Marek en a même fait un reportage. Pour la première fois, nous avons utilisé un de mes tableaux pour créer une robe, c’était en 2009. Ce fut une vraie rencontre entre l’art et la mode. Le projet a pris le nom d’« Art-à-Porter ». Je crée une toile dans l’intimité de mon atelier puis Éric la découpe et en fait une création unique, entre Art et couture. Mes toiles se métamorphosaient en vêtements.

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Wind God" pictographie 100x140 - Bordeaux Private Exhibition by Luxury Real Estate Agency Carole Bourgade 2015 - ©MSW

ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Wind God » pictographie 100×140 ©MSW

Lorsque l’on regarde tes toiles et tes objets d’art, on remarque une diversité des techniques utilisées…

Je n’ai jamais aimé m’enfermer dans une seule technique. J’aime expérimenter, essayer des mélanges, passer d’une technique à l’autre. À mon avis, c’est une très bonne chose car je me laisse porter par l’inspiration. Regardez Leonardo Da Vinci. Il faisait tant de choses différentes ! Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, il se sentirait très à l’aise.

Ce style de travail ne t’empêche-t-il pas de te concentrer ?

Bien au contraire, cela m’aide à reposer mon regard sur mes tableaux, à les voir ensuite d’un œil frais. Prendre du recul. Et je sens l’évolution de l’œuvre, sa dynamique.

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Stipendium" Sculpture 2013 106x106x55 - Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Stipendium » Sculpture 2013 106x106x55 – Source : Alexandra MAS archives

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - "Bloody Final" Huile Pliage papier 60x60 / Bordeaux Private Exhibition by Luxury Real Estate Agency Carole Bourgade 2015 - ©MSW

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – « Bloody Final » Huile Pliage papier 60×60 ©MSW

Quelle est la différence dans le processus créatif d’une toile et d’une pictographie ?

L’art en général, est un dialogue entre son créateur et celui qui la regarde dans un espace temps différé, un dialogue ou le subconscient va comprendre des choses auxquelles, des fois, le conscient reste hermétique. Dans la pictographie, comme dans la photographie, il est assez difficile de transmettre l’émotion. La peinture le fait mieux. La toile s’imprègne de tes émotions pendant que tu la travailles. Avec une toile, on a un contact direct, humain. Les photographes qui réussissent à saisir l’âme, ne sont pas nombreux. Un de ces élus est Peter Lindbergh, qui déteste Photoshop. Il a raison. Il n’y a rien de plus beau que le naturel !


PRECONÇUE par ALEXANDRA MAS

Du 28 août au 20 septembre 2015

GALERIE ART’ ET MISS

14 rue Sainte Anastase – 75003 PARIS

Tél : 01 84 17 59 17 – Mail : artetmiss14@gmail.com

Horaires d’ouverture : Du mercredi au samedi 12h / 19h – Dimanche 14h / 18h

Site : www.artetmiss.org

Boutique : www.art-et-miss.eu

FB : www.facebook.com/galerie.art.et.miss


Alexandra Mas sur le web : www.alexandramas.com   Facebook : Alexandra Mas Art


Vidéo du vernissage de l’exposition réalisée par Ko Kok – ©KOKOK

Borninfashion - ALEXANDRA MAS PRECONÇUE - Ira de Puiff & Alexandra Mas / Bordeaux Private Exhibition by Luxury Real Estate Agency Carole Bourgade 2015 - ©MSW

Borninfashion – ALEXANDRA MAS PRECONÇUE – Ira de Puiff & Alexandra MAS ©MSW


Ira de Puiff - Indigo

By Ira de Puiff & Indigo

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