FRED SATHAL : Amazone de la Mode

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– Par Ira de Puiff & Indigo


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« On mène un combat pour la beauté, pour l’art, pour le métier qu’on aime et qu’on ne veut pas voir disparaître. »

– Fred Sathal –


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FRED SATHAL  - Source : "Sathal créatures" -    Copyright Karl Lagerfeld / Kate Barry / Juergen Teller

FRED SATHAL – Source : « Sathal créatures » – Copyright Karl Lagerfeld / Kate Barry / Juergen Teller

Il y a quelques années à peine, son nom ne quittait pas les pages glacées de la presse mode, ses vêtements brillaient dans les éditos des magazines les plus prestigieux et habillaient Björk, Jane Birkin, Claudia Schiffer, Vanessa Paradis… Mais elle a choisi de quitter les podiums pour s’adonner à d’autres formes d’expression, afin de faire vivre ses créations vestimentaires dans d’autres ambiances, d’autres réalités…

Le retour de Fred Sathal dans le Calendrier Officiel des défilés Haute Couture était l’un des événements les plus attendus de la dernière Fashion Week parisienne. Vivre la mode comme un art, en transformant le podium en une scène de théâtre, c’est ce qu’elle recherche, c’est l’une de ses visions. Fred Sathal n’est pas seulement une créatrice de talent, elle est avant tout une artiste capable d’insuffler la vie à ses modèles qui sont façonnés et pensés, chacun à leur manière, comme une œuvre d’art unique. Sa nouvelle collection, « Couleur Lumière », Automne Hiver 2014/15, présentée début juillet dernier, n’était pas seulement l’éclat d’un retour, mais aussi le big bang en couleurs d’une artiste qui a mué et, qui nourrie d’une nouvelle maturité, emprunte le chemin de la renaissance accompagnée d’une nuée de rayons de lumière…

FRED SATHAL  - Showroom Atelier -  ©MSW

FRED SATHAL – Showroom Atelier – ©MSW

Un dé à coudre enfoncé au bout de l’index, l’aiguille qui danse dans sa main, Fred nous a reçu dans son atelier parisien, rue de Passy, alors en plein préparatifs pour le défilé qui devait venir. Son atelier-showroom, son antre, est un monde qui appelle à l’imaginaire, à la rêverie, avec une installation en hauteur, une sorte de rideau façonné à la main, « les franges de fétiches », fait de fils qui pendent du plafond et auxquels sont accrochés des objets dont on apprendra plus tard qu’ils sont des souvenirs d’enfance, habillés d’une couche de pâte à paillettes argentée. Sur l’un des murs, nos yeux se posent sur des masques d’art tribal probablement rapportés de l’un de ses voyages, également customisés, à l’image des objets d’enfance, et qui scintillent à la lumière du jour. Les petites mains sont au travail, ci et là des Stockman sont vêtus de modèles quasi terminés. L’ambiance est studieuse mais on ressent les bonnes vibrations qui se répandent dans l’espace. Ciseaux, fils, aiguilles, s’activent et valsent dans un rock’n’roll bien rodé qui donne vie à des pulls, des pantalons, des vestes, mini short, chaussures… ornés et brodés de paillettes.

Les cheveux tirés vers l’arrière dans un chignon haut, des lunettes à écailles sur les yeux, Fred s’installe au bout de la grande table de travail, qui occupe la longueur de toute la pièce dans laquelle nous sommes. Près de la fenêtre qui donne sur la rue, elle nous invite à nous asseoir devant un verre d’eau glacée, bienvenu lors de cette chaude après midi d’été…

FRED SATHAL  - Showroom Atelier -  "Couleur Lumière" - Couture Paris Fall Winter 2014/15 -  ©MSW

FRED SATHAL – Showroom Atelier – « Couleur Lumière » – Couture Paris Fall Winter 2014/15 – ©MSW


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Huit ans d’absence… Vous avez beaucoup manqué à la mode. Et la mode, vous a-t-elle manqué ?

La mode fait partie de moi. On ne peut pas dire qu’en abandonnant les podiums j’ai quitté le vêtement. Je l’ai présenté autrement, dans d’autres cadres, qui étaient des centres d’art, des musées nationaux, des salles d’exposition… Finalement, j’ai joué la carte de la transversalité et j’ai continué à faire des pièces uniques en les présentant dans des lieux d’art contemporain. En parallèle, je travaillais sur ma collection. Ce que je présente à la Semaine Haute Couture parisienne, c’est quatre années de travail solitaire dans l’atelier, où j’ai mené un ensemble de recherches et d’expérimentations.

Comment votre histoire a-t-elle commencé ?

L’histoire a débuté par une petite fille, une « magicienne » qui vivait dans son imaginaire, et petit à petit, elle a fait son entrée dans la vie réelle. Je me suis éloignée du rêve pour adhérer à une démarche d’artiste qui prend part aux débats de la société à travers ses créations…

L’art est venu avant la couture… Quelle a été votre première œuvre d’art ?

Ma première œuvre d’art… En réalité, je me souviens de gestes très simples qui étaient de dessiner sur des photos, de les gribouiller, d’en soulever la matière, d’en arracher les morceaux, parfois même de les déchirer et recomposer les fragments, finir par recréer le visuel à partir de ces fragments. J’utilisais un stylo à l’encre de Chine avec une bombe fine, ça me permettait, dans un geste, un mouvement tremblant, de créer des personnages un peu étranges… Au début c’était plutôt ça, mais à l’époque je n’avais aucune conscience de créer une œuvre d’art. C’était plus un besoin de m’exprimer qu’un acte réfléchi.

Quelles ont été vos premières expériences couture ?

C’était à l’atelier de « l’architecte du costume » Geneviève Sevin-Doering, alors que j’avais 19 ans. J’ai appris à tenir une aiguille, à connaître les différentes matières et leurs mixités. Geneviève m’a enseigné les règles, les siennes propres évidemment, mais également le décryptage des couleurs et la réflexion sur le costume depuis l’antiquité à nos jours. Avec elle, j’ai enrichi ma connaissance de tout un panel de techniques, même si à l’époque elles n’ont pas toutes eu l’occasion d’être approfondies.  Notamment, sa technique de coupe « en un seul tenant ». Une révolution dans l’approche du plan de coupe.

Et vos premières créations vestimentaires ?

Au début je faisais des chapeaux, assez incroyables. C’est à ce moment là que je me suis rendu compte que je ne trouverais rien qui puisse aller avec ces chapeaux. Il a donc fallu que je fasse des vêtements qui les compléteraient ! Ensuite, quand j’ai commencé à faire ces vêtements, j’ai vite eu envie de les montrer, d’où l’idée de faire des installations pour les mettre en scène.

FRED SATHAL  - Source : "Sathal créatures" -    Copyright Enrique Badulescu / Mario Testino

FRED SATHAL – Source : « Sathal créatures » – Copyright Enrique Badulescu / Mario Testino

Quelle était la première pièce de vêtement de votre cru, celle qui vous a donné l’envie de vous lancer dans le monde de la mode ?

C’était un « manteau de magicienne » que j’ai voulu en velours, avec des couleurs qui se rencontrent de façon très contrastée, un multicolore de tons vifs. J’ai œuvré dessus et lorsqu’il est enfin sorti, qu’il a véritablement vu le jour, je me suis dit : « Waouh ! J’ai fait ça ? C’est pas possible ! »

Vous dîtes que la mode vous est tombée dessus un peu par hasard…

C’est vrai. J’ai commencé par le théâtre, les arts de la scène, je faisais des costumes. Ensuite je me suis intéressée aux arts plastiques, et la mode est arrivée dans mon parcours lorsque je me suis installée à Paris en 1993. Je me baladais vêtue de mes créations, les gens m’arrêtaient, curieux, et me demandaient d’où venaient ces vêtements. Paris était alors un vrai carrefour de rencontres… Petit à petit, je suis rentrée dans le cercle de la mode, mais ce n’était ni ma volonté ni mon désir. Je ne connaissais rien de cet univers, je ne savais même pas comment organiser un défilé, j’ai été aidée par des gens qui le maitrisaient, par mes amis du moment. Finalement, mon chemin s’est tissé spontanément, j’ai laissé faire les choses.

Quels créateurs vous inspiraient à l’époque et continuent à vous inspirer actuellement ?

Quand j’étais gamine, j’adorais Jean Paul Gaultier ! C’était LE TRUC à l’époque ! Je voulais les robes aux seins pointus, j’étais à fond là-dessus ! (rires). Après, je me suis passionnée de mode japonaise : Rei Kawakubo de chez Comme des Garçons, Yohji Yamamoto avec sa philosophie, Issey Miyake avec son sens de la nature… C’était un peu mes guides spirituels. Je les aime pour leur recherche sans concession, pour leur dimension personnelle. J’aime beaucoup Christian Lacroix.

En parlant de rencontres, dans votre livre « Sathal Créatures », vous évoquez des « rencontres essentielles ». Quelle a été cette rencontre essentielle qui vous a aidé à intégrer le milieu de la mode ?

Étonnamment, c’étaient un maquilleur et un coiffeur, Topolino et Barnabé, qui m’ont introduit dans le milieu de la mode et du papier glacé. Ce sont eux qui m’ont présenté aux gens qui travaillaient avec Björk et les autres stars de l’époque. Ils m’ont donné leur premier regard sur ce que je faisais et quelques notions des codes de la mode en m’enseignant l’organisation d’une séance photo, la lecture des crédits, etc. Topolino m’a également aidé à financer ma première collection, et c’est Barnabé qui m’a prêté son appartement pour mon premier défilé. C’était un appartement qu’il venait de signer et qui était encore vide. Lors de ce défilé, ils ont fait venir des notoriétés, des rédactrices… Ce sont ces deux personnes qui ont donc été à l’origine de mon aventure dans la mode. Ils ont été mes deux étoiles (sourires).

Quels souvenirs gardez-vous de ce premier défilé ?

La collection s’appelait « Amazone Urbaine », elle a été portée par mon amie Justine, qui était une actrice et qui correspondait d’ailleurs tout à fait à l’esprit de cette collection. On l’a faite défiler dans l’appartement, devant les acheteurs et la presse. C’est moi qui la changeais, ça se passait très simplement. Ce qui était merveilleux, c’est qu’il y avait un photographe du New-York Times qui était présent, et c’est grâce à lui que je me suis retrouvée dans les pages du célèbre journal, moi, une inconnue, propulsée là-dedans, ma collection achetée par le grand magasin new-yorkais « Bergdorf Goodman », c’était une bénédiction ! Puis, j’ai eu des parutions dans le ELLE, Glamour, Dépêche Mode… Tout ça a commencé comme un jeu. La réponse des médias et des acheteurs à ma collection a été une surprise totale, c’était absolument imprévu.

FRED SATHAL  - "Amazone Urbaine " Source : "Sathal créatures" -   Copyright Gilles

FRED SATHAL – « Amazone Urbaine  » Source : « Sathal créatures » – Copyright Gilles

La presse mode de l’époque, était-elle plus abordable, plus « open » ?

Les gens qui faisaient les séries mode dans les magazines, les rédactrices, étaient facilement accessibles. Aujourd’hui si tu n’es pas annonceur, c’est difficile de figurer dans un édito, un beau magazine. À cette époque, j’ai eu entre autres, accès au Vogue Français ! Aux shoppings, tu rencontrais les rédactrices, et à partir du moment où ton travail les séduisait, elles te mettaient en avant, même si tu étais jeune, totalement inconnu et sans points de vente, il te suffisait juste d’un contact téléphonique. Les gens s’en fichaient, tout ce qu’ils voulaient, c’était faire de belles images, on était encore dans cette mentalité où la création comptait avant tout… Ce qui est moins le cas aujourd’hui, semble-t-il ! (rires)

Nostalgique des nineties ?

Oh, oui ! (rires) Il y avait cette liberté où chaque créateur racontait son histoire vestimentaire, loin des tendances. C’était effervescent, un peu fou.

« Signal d’Amour », « Nomades Land », « Vie Artificielle », « Appel d’Air »… Les titres de vos collections sont très révélateurs.

Chaque collection est une phase de ma vie. Mes amours, mes joies, mes souffrances, mes traversées, mes miracles. Les titres sont les reflets d’une vie qui a besoin d’un substitutif pour continuer à avancer. Je me suis tracée une route artistique assez compliquée, en essayant de rester debout. Quand je me suis installée à Paris, mes rêves d’enfance se sont évanouis et la maturité a pris le dessus. C’était le moment de créer mes propres armes, d’écrire mon destin.

Chaque collection était un concept en soi, qui trouvait son expression, tantôt dans une installation, tantôt dans une série photo où vous n’hésitiez pas à vous mettre en scène…

L’installation est devenue l’une des valeurs fortes de l’art contemporain, je pratiquais cette idée sans la nommer, je faisais des mises en scène. En 1994, j’en ai organisé une au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Il y avait des ossatures en rubans de métal qui reprenaient la structure du corps, je suspendais mes modèles dessus, en plaçant un petit ventilateur au sol, ce qui donnait le mouvement aux vêtements. Il y avait un détecteur de passage, l’installation se mettait donc en route dès que quelqu’un franchissait la zone… Mes installations étaient des petits mondes que je créais… J’ai aussi fait de la photo, dans laquelle je plaçais mes vêtements. Je posais régulièrement dans mes modèles, je me prêtais à l’exercice car je tenais à incarner la Femme Sathal… Cela m’a donné la possibilité de travailler avec d’excellents photographes et de participer à la mise au monde de mes vêtements.

FRED SATHAL  - Source : "Sathal créatures" / Archives Fred Sathal - All Rights Reserved Fred Sathal archives / Copyright Gilles

FRED SATHAL – Source : « Sathal créatures » / Archives Fred Sathal – All Rights Reserved Fred Sathal archives / Copyright Gilles

Très conceptuel tout cela… Justement, quel était votre véritable concept ?

Mon concept était de développer une vision de l’univers qui s’enrichit du design, de la sculpture et des vêtements.

Avez vous été critiquée du fait de « conceptualiser » vos vêtements ?

Non. Finalement, je ne pense pas que beaucoup de gens s’intéressent au côté « conceptuel » de mes collections. Déposer une histoire, une dramaturgie, çà a du sens, c’est le point d’appui, la colonne vertébrale sur laquelle je compose et réalise mes personnages, ma garde-robe. Dans la mode il y a de la futilité, un désir de se voir tous les jours différemment, mais il y a aussi cette envie de laisser une trace, de l’intemporel.

Ne pas être passée par la case école de mode, est-ce pour vous un avantage ou plutôt un handicap ?

Ça peut être un handicap quand on cherche du boulot (rires), parce qu’on a du mal à cerner ce que l’on peut offrir. Mais en étant autodidacte, on n’est pas formaté. Cela m’a permis d’avancer de façon spontanée, intuitive, sans trop regarder ce que faisaient les autres. Mon CV, c’était les pièces que je fabriquais.

Vous étiez reconnue par la Fédération Française de la Couture, ce qui n’est pas une mince affaire…

Avec la Fédération, les choses se sont passées naturellement. J’ai démarré en OFF du Prêt-à-Porter, et ensuite j’ai été lauréate de l’ANDAM (Association Nationale de Développement des Arts de la Mode – ndlr) en juin 1995. Dès cet instant j’ai été introduite dans le calendrier officiel des défilés Prêt-à-Porter. J’ai continué jusqu’en 1999, date de ma dernière collection en prêt-à-porter. J’ai rencontré Monsieur Didier Grumbach qui était le nouveau Président de la Fédération. Il avait la volonté d’introduire de la jeunesse dans la Haute Couture. Il savait que je façonnais des pièces uniques, que j’aimais l’artisanat d’art, la recherche textile et les coupes inventives. Il sentait que j’étais une candidate potentielle pour la Haute Couture. Il y avait également d’autres créateurs, comme les russes Seredine & Vassiliev et les néerlandais Viktor & Rolf, nous étions trois Maisons à être invitées par la Fédération. J’ai évidemment accepté cette proposition, et j’y suis restée jusqu’en 2006.

FRED SATHAL  - Source : "Sathal créatures" - All Rights Reserved Fred Sathal archives

FRED SATHAL – Source : « Sathal créatures » – All Rights Reserved Fred Sathal archives

En 1998 vous avez réalisé les costumes pour la comédie musicale « Notre Dame de Paris », racontez-nous cette expérience.

Cela a été une rencontre humaine. J’ai rencontré Richard Cocciante et Luc Plamondon. On s’est retrouvé dans l’appartement de Luc qui s’est mis au piano et Richard s’est mis à chanter. Il y avait aussi Gilles Maheu, le metteur en scène. Nous avons discuté du projet, et je crois que ce soir-là nous avons eu un coup de cœur tous ensemble… Ils avaient évidemment vu d’autres artistes mais au final j’ai été convoquée et ils m’ont confié le projet. Pendant deux mois j’ai crée la conception et la réalisation des maquettes, ensuite il y a eu trois mois de réalisation des œuvres (120 costumes au total) avec une équipe de douze personnes. Je réalisais les costumes sur chacun des artistes, à même le corps, comme des secondes peaux. Chaque pièce était unique. Au mois de septembre, il y a eu la première à Paris, et cela a duré jusqu’à fin décembre. Ensuite, ils sont partis en tournée au Québec, toujours avec les mêmes costumes. Ce n’est qu’à Las Vegas, que la distribution des artistes a changé, et les costumes avec. À partir de ce moment là, mes maquettes furent interprétées par des costumiers. Là, je me suis détachée de cette aventure…

Comment décririez vous votre style ?

Fred Sathal, c’est un style foisonnant, plutôt sauvage, abstrait et inventif. Également, minutieux, technique… Au niveau des silhouettes, c’est souvent linéaire et souple. C’est un style qui s’imprègne des années 1920 et 1960-70, les deux grandes périodes de liberté. Liberté du corps, du mouvement, avec un monde qui s’affranchissait de beaucoup de choses. C’est ce que j’essaie de perpétuer à ma façon, au regard du XXIème siècle.

Et votre façon de travailler ?

FRED SATHAL  - Showroom Atelier - "Couleur Lumière" - Couture Paris Fall Winter 2014/15 -  ©MSW

FRED SATHAL – Showroom Atelier – « Couleur Lumière » – Couture Paris Fall Winter 2014/15 – ©MSW

C’est un travail instinctif, obsessionnel, intuitif, parti de la récupération et du détournement. Je fais tout à la main, qu’il s’agisse de la coupe, de la couleur, des ornementations… Je me nourrie d’expérimentations. J’ai intégré tout un langage de points, de fils, une véritable écriture intime, essayant de travailler le visible autant que l’invisible. J’ai créé un vêtement qui a une lecture à l’endroit comme à l’envers. L’envers est le côté mat, et l’endroit – la lumière ! J’y tisse sequins, paillettes, miroirs et différents effets lumineux. C’est un langage en fusion.

Tous ces fils qui s’entremêlent, se chevauchent, se rencontrent, ces fils qui clament leur liberté et qui pendent du vêtement, est-ce bien votre patte d’artiste ?

Oui, c’est une part de ma signature… Laisser les fils libres, cela symbolise le mouvement, ça l’accompagne, c’est une autre dimension de la matière… C’est la légèreté, le souffle, c’est l’air… C’est finalement le fil conducteur de mes histoires.

Ne trouvez-vous pas que la véritable création artisanale disparaît peu à peu aujourd’hui ?

Ce qui me choque surtout, c’est cet enthousiasme autour de la création 3D. Une machine qui peut « créer » une robe, je pense que c’est la fin de tout en quelque sorte. Se défaire de ce que nous sommes et de laisser cela à des machines, je trouve ça d’une grande tristesse. Et que serons nous demain ? Les observateurs d’une activité que nous ne serons plus en mesure de tenir, parce que nous en serions devenus incapables ? Bon, c’est sûr, on doit vivre avec son temps, les logiciels nous facilitent le travail et nous allons bien plus vite, mais au final c’est… comme si on se supprimait un terrain de jeu. J’espère que nous serons suffisamment sérieux pour ne pas tout foutre en l’air.

Y a-t-il encore de la place pour une maison indépendante dans le monde actuel de la mode ?

On mène un combat pour la beauté, pour l’art, pour le métier qu’on aime et qu’on ne veut pas voir disparaître.

Revenir sur les podiums dans ces circonstances, pour vous qui privilégiez le travail manuel et la démarche non calculée, est-ce un choix bien pesé ?

Ce retour est pour moi une réelle volonté. Certes, revenir sur les podiums après huit ans d’absence, cela n’a rien d’évident. Mais aujourd’hui je me sens différente. J’ai envie de montrer l’évolution de mon style, onirique, poétique, métaphysique.. Je me suis entourée, ma maison est en train de voir devant plutôt que de penser à l’avant. On a envie de grandir, d’ouvrir une première boutique. C’est une nouvelle dimension qui commence…

FRED SATHAL  - "Couleur Lumière" - Couture Paris  Fall Winter 2014/15 -  Backstage Fred Sathal©MSW

FRED SATHAL – « Couleur Lumière » – Couture Paris Fall Winter 2014/15 – Backstage Fred Sathal©MSW


 

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