JEAN CLAUDE JITROIS – Le Cuir dans la peau

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - ©MSW

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By Ira de Puiff & Indigo 


JEAN CLAUDE JITROIS et l’Art du Cuir


« Le sens du bonheur, ce n’est pas seulement ce que l’on regarde, mais la manière dont on regarde. Ce sont les rencontres heureuses : on aime ce que l’on ne possède pas tout entier. »

Jean Claude Jitrois


Le « Roi du cuir », comme on l’appelle souvent ; Jean Claude Jitrois a toujours eu le cuir dans la peau et a sans cesse lié sa création vestimentaire à l’art. Depuis le lancement de sa Maison, le designer n’a cessé d’être entouré d’artistes. Sculpteurs, photographes, musiciens, les gens du cinéma, sont parmi ses collègues et aussi ses clients. Beaucoup d’entre eux sont devenus ses amis. 

« Lucid Wornderland » est sa nouvelle collection pour l’Automne-Hiver 2015/16, par laquelle il rend hommage à ces années accidulées de tous les possibles, époque charnière de la fin des seventies et debut des eighties, où la fête bat son plein autant au Studio 54 qu’à son alter ego parisien, le Palace. Époque où le créateur décide d’établir sa Maison à Paris. C’est un retour sur ces nuits d’ivresse et ces femmes charismatiques aux looks impeccables telles Amanda Lear, Jerry Hall ou encore Grace Jones. Une collection dans laquelle il réinvente ces années là, passant du Pop Art à l’Optical Art tout en s’inspirant de Victor Vasarely. Les vestes sont structurées et le cuir se mue en scuplture. L’innovation, chère à la Maison reste au centre de la démarche créative avec des manteaux ceinturés au cuir grainé contrecollé néoprène et des robes en agneau velours texturés. C’est un Hiver pour une femme intrépide, délicieusement éffrontée avec une sensualité qu’elle mixe avec aissance au cuir, sur un fond disco et punk/rock propre à la fin des 70’s, en gardant un jeu d’opposition entre des tons pop acidulés et des couleurs froides. Une femme qui mixera les allures et oubliera les règles établies pour mieux se réinventer…

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Paris Fashion Week Ready to wear Fall Winter 2015/16  - All Rights Reseved

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – Le Cuir dans la Peau – Paris Fashion Week Ready to wear Fall Winter 2015/16 – Source : Jitrois Press Office

Pour en savoir un peu plus, non seulement sur son travail mais aussi sur le personnage très médiatisé, c’est devant la porte des appartements privés du créateur, qu’Alexandre, son attaché de presse, m’accueille et me fait franchir le seuil. Au bout du couloir, Jean Claude Jitrois vient à ma rencontre. Il est vêtu d’une chemise Blanche à col français Yves Saint-Laurent, une cravate fine bleu marine de chez Dior habille son col et se marie avec élégance avec une veste cintrée de même couleur qui tombe sur un pantalon de cuir strech, tirant à son tour sur les tons de gris et sorti tout droit de ses ateliers. Des bottines noires complètent sa tenue. Je remarque à son poignet une montre Mont Blanc, dont il me confiera que c’est un objet qu’il aime porter par affection. Il me fera également confidence, que la fragrance dont il se pare est une senteur discrète aux notes boisées – « Straight to Heaven » de Killian – un de ses amis. Cela ajoute un brin de chaleur à son élégance sobre et chic. Car avant d’être un créateur de mode, le « Roi du cuir » qui habille les stars, Jean Claude Jitrois est un homme accueillant, chaleureux, plein d’humour et de charme, qui vous met tout de suite à l’aise. C’est dans son salon, d’où l’on a une magnifique vue sur Paris que nous prenons place et qu’il m’invite à m’asseoir. Le lieu est Art Déco dans son ameublement. Le noir et le blanc règnent en maîtres. Un mur miroir renvoi l’écho de deux oeuvres, une sculpture de César et un grand tableau de Basquiat, qui sont pour Jean Claude Jitrois d’une grande valeur sentimentale.

Il prend place en face de moi, et nous entamons alors un entretien qui ressemble davantage à une discussion chaleureuse entre amis plutôt qu’à une simple interview…

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Photo©Thierry Bouet

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – Le Cuir dans la Peau – Photo©Thierry Bouet


 

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - ©MSW

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – ©MSW

« Si je n’avais pas fait de la couture, j’aurais fait de la sculpture… » avez vous dit. La sculpture était-elle une passion pour vous ?

Dès l’enfance, j’ai aimé travailler la matière, jouer avec les formes, avec la pâte à modeler au tout début. Adolescent, j’utilisais beaucoup la terre glaise : ayant grandi à Aix-en-Provence, je modelais des santons de Provence, les faisais sécher puis les peignais. Je confectionnais également des masques avec du papier journal. J’ai toujours aimé faire du modelage, donner des formes à la matière.

Avant d’entreprendre votre carrière dans la mode, vous étiez thérapeute spécialisé dans le domaine de la psychomotricité. Pouvez-vous m’en dire quelques mots ?

Je suis rentré à la Salpétrière à 17 ans et demi comme étudiant en psychagénésie, une science non tournée vers la médecine corporelle, mais celle de l’esprit. J’étudiais la psychologie et le développement psychomoteur de l’enfant. J’ai travaillé cela de façon intense pendant une dizaine d’années, et j’ai fait un film qui a été présenté à l’OMS à Genève, et y a eu un grand succès auprès des spécialistes. J’ai fait des études sur l’écriture pour cerner et comprendre, à travers son écriture, la personnalité de celui qui écrit. Tout ce travail en psychologie m’a d’abord donné beaucoup de satisfaction, ensuite j’ai été nommé directeur de l’Institut de psychomotricité de la Faculté de médecine de Nice, où j’ai formé près des 1500 étudiants pendant cinq ans.

Ayant fait une si brillante carrière dans la médecine, qu’est-ce qui vous a poussé à entrer dans le monde de la couture ?

Je pense que pour réussir dans la vie, il faut faire deux ou trois métiers différents. Mon expérience m’a amené à travailler dans le psychodrame, pour des enfants qui n’arrivaient pas à évoluer convenablement avec le langage du corps. On déguisait ces enfants-là, et leur donnait des jeux de rôles. Et un beau jour l’enfant guérira parce que son moi aura été renforcé. Il y avait une jeune fille qui avait du mal à accepter une féminité précoce, et qui avait des relations très difficiles avec son entourage. On jouait un psychodrame pour lequel on lui avait créé une petite robe de papier crépon, attachée par deux points de colle. C’est alors qu’une de mes infirmières m’a demandé si elle pouvait utiliser la robe pour aller à une soirée. Elle l’a prise et m’a annoncé le lundi suivant qu’elle avait fait un tabac avec cette robe !

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - J3 ou La Nouvelle Ecole de Roger Ferdinand - ©MSW

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – J3 de Roger Ferdinand – ©MSW

Cette histoire m’a amené à envisager une autre carrière, celle de créateur de mode, et peu de temps après j’ai ouvert une petite boutique juste à côté de mon cabinet de consultation. Je portais alors le nom de Costes, qui est celui de mon père, et comme je ne souhaitais pas faire de mélange entre mes activités, j’ai donc pris le nom de J3.

Ce nom, a-t-il une signification particulière ?

Ce nom a été inspiré du livre de Roger Ferdinand qui compte une pièce nommée J3, faisant partie de « La nouvelle école ». Pendant la guerre, il y avait les J1, J2 et J3. Les J3 avaient entre 16 et 20 ans, et leurs tickets d’alimentation leur donnaient droit, entre autres, à des barres de chocolat. Je me suis dit : je veux habiller cette tranche d’âge-là. Le « J3 » s’est ensuite transformé en « Jitrois » suite au conseil d’une très célèbre journaliste lors de ma première grande interview, qui avait trouvé que J3 « faisait plus marque de Camambert » que celle d’un créateur de mode.

Votre carrière de designer a démarré, parait-il, grâce à votre ami le sculpteur César, qui vous a présenté à toute l’école artistique de Nice. Puis, Elton John vous a acheté 35 blousons… On dirait que vous avez toujours été lié à l’univers des artistes ?

Alors que j’ouvrais ma première boutique de Prêt-à-Porter à Nice, rue Tondutil de l’Escarène, j’allais régulièrement à cette époque à Saint Paul de Vence, à la Colombe d’Or. Nombre d’artistes s’y côtoyaient à cette époque, on pouvait y croiser Miro, Calder, Klein ou encore César. Ce qui est extraordinaire c’est qu’aujourd’hui encore, le lieu garde des œuvres de tous ces artistes, qui ont définitivement marqué ma vision de la Mode et influencé mes inspirations. C’est notamment des travaux de Calder ou de Klein que j’ai voulu donner vie au cuir, en le colorant, en bleu, en rouge ou en jaune.

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - César - Archives Jitrois

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – Le Cuir dans la Peau – César – Archives Jitrois

En quoi votre précédente expérience vous a-t-elle aidé dans votre carrière de créateur ?

Tout cela m’a donné de la discipline, un certain sens de l’horaire, du devoir à faire. Dans la mode, j’essaie d’être au service de la personne. Lorsque j’étais à l’Armée lors de mon service militaire, j’étais au service du pays. À la Faculté, j’étais au service des élèves. À l’hôpital, j’étais au service des malades. Et aujourd’hui, dans la mode, je me sens tout à fait au service de la femme que j’habille.

Quels souvenirs gardez-vous de votre premier défilé, de votre première grande présentation ? 

Mes souvenirs sont plus reliés à des évènements singuliers qu’à une « première fois »… En 1985, pour produire 100% français, j’ai ouvert dans une annexe du château que j’avais acquis à l’époque, mon atelier, qui produisait les collections Jitrois de A à Z. Pour présenter la collection à toute la presse ainsi qu’à mes clientes, j’ai décidé d’organiser le défilé sur place. Afin d’acheminer tous mes invités jusqu’au château, un pont aérien avait été fait entre Paris et Lierville par hélicoptère ! C’est ainsi que les rédactrices de mode et clientes arrivaient directement dans le parc du château pour assister au défilé. Un évènement que j’ai fait une fois et à remettre dans son contexte : les années 80 !

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Lady GAGA -©Henri Tullio

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – Lady GAGA  ©Henri Tullio

Depuis la création de votre Maison, vous habillez des stars mondialement connues, telles Elton John, Mike Tyson, Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Céline Dion, Lady Gaga, Jessica Alba… Habiller les stars, c’est une chose, mais garder avec eux une relation privilégiée, c’en est une autre. Quel est votre secret ?

J’ai toujours eu, avec ces énormes stars, une relation tout à fait personnelle, directe et affective. Tyson, qui me lance en l’air, qui m’attrape et qui me dit :  « Fais moi une salopette en cuir ! » Schwarzenegger me préparait des pâtes à la maison lorsque je vivais à Los Angeles… Après, ils font leur chemin, on se quitte et on se retrouve toujours avec grand plaisir. Le secret de cette relation est que j’ai su les écouter et répondre à leur demande, surtout celle non formulée.

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Jessica Alba - ©All Rights Reserved

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – Jessica Alba        ©All Rights Reserved

C’est-à-dire ?

Souvent, ces personnes ne savent pas elles mêmes ce qu’il leur faut exactement, car elles ont avec elles l’angoisse. L’angoisse de la scène, le trac si vous voulez. Il leur faut un vêtement protecteur. Quelque chose qui prend bien la lumière et qui les met en valeur. J’ai toujours été à leur écoute. Ma formation en psychologie m’a beaucoup aidé dans mon travail.

Quelle est la pièce de votre création, celle d’entre toutes dont vous êtes particulièrement fier ?

Plus que de création, ce dont je suis fier, ce sont avant tout les innovations et nouveaux concepts que j’ai développés pendant trente ans de Maison au service de ma matière fétiche – le cuir – et surtout au service de la féminité.

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Paris Fashion Week Ready to wear Fall Winter 2013/14 - ©MSW

JITROIS – Fall Winter 2013/14 – ©MSW

Avant les années 80, le cuir était marron ou noir, faisait référence aux teddy boys. J’y ai apporté la couleur (première robe de bal en cuir rose pour Stéphanie de Monaco). Au début des années 90, j’ai galbé la silhouette féminine grâce au cuir stretch et ainsi révolutionné la matière en la transformant en une seconde peau, fine et ultra-confortable. Et je m’attache depuis plusieurs années à mixer cette matière cuir avec de la soie, du cashmere, etc… dans une transition toute en douceur.

Qu’est-ce qui vous inspire dans la création de vos modèles ?

J’essaye de capter le pouls de la société, l’air du temps, les espoirs et les craintes de nos sociétés, et retranscrire tout cela dans un élan positif. Je m’inspire beaucoup du cinéma, j’ai la chance d’être invité chaque année au Festival de Cannes et de voir les films en avant-première. Chaque film est une histoire d’amour, de relation. Cela m’inspire pour la création des modèles pour ma Maison, mais également pour d’autres films, car je crée aussi des costumes pour le cinéma et le théâtre.

Vous préférez organiser des présentations privées plutôt que de grands défilés. Y-a-t-il une symbolique particulière pour vous ou est-ce juste une question de choix ?

Rien ne vaut le contact direct. Dans les grands défilés de 300 personnes, je serais apparu quelques secondes sur le podium, et il est extrêmement difficile de faire connaissance et discuter. J’ai toujours essayé de faire quelque chose de personnalisé. J’aime me rendre à ma boutique rue du Faubourg Saint Honoré entre 17h et 18h, l’heure du thé, pour rencontrer directement mes clientes et me tenir au courant de leurs aspirations. C’est un échange nécessaire pour durer.

Certains créateurs se plaignent qu’aujourd’hui il y a « les références » d’un côté et eux – de l’autre. Comment devenir LA référence de la mode et – surtout – comment le rester ?

Le terme de référence à un côté figé, immobile, et je lui préfère de loin le mouvement. Devenir une référence fige alors la personne – ou la marque – dans un temps précis. La mode est en perpétuelle mutation et je crois qu’aucune référence ne le reste indéfiniment. Il est nécessaire qu’il y ait une réelle dynamique. La force d’un créateur doit être de savoir transcender cette idée de référence et la twister pour qu’elle devienne actuelle et contemporaine.

Si toutefois j’ai un conseil à donner, je dirais que d’abord, il faut « faire ses classes », de préférence auprès d’un créateur établi. Et ensuite il faut s’armer de patience et attendre son moment, comme on attend le grand amour. L’idéal serait d’habiller une célébrité, ou une cliente Chinoise par exemple, qui parleront de vous autour d’elles. Beaucoup de choses dépendent de la bonne rencontre, il ne faut donc pas manquer LA rencontre ! L’important est aussi de trouver « son œuf de Christophe Colomb » – proposer quelque chose que les autres ne font pas.

Quelle est la principale difficulté, d’après votre expérience, pour faire sa place dans le milieu de la mode ?

Percer dans la mode est une chose, on voit à chaque saison de nouveaux créateurs, encensés par la critique, mais que l’on ne verra plus dès la saison suivante. La principale difficulté, c’est de rester sur la durée, et étonner à chaque fois tout en gardant son ADN propre.

Aujourd’hui j’ai beaucoup de sympathie pour les jeunes designers qui se lancent, car c’est beaucoup plus difficile qu’auparavant, il faut de l’argent ou bien être soutenu par un grand groupe. Cette deuxième option induit une perte d’indépendance certaine… Mais il ne faut jamais désespérer !

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Sarah Marshall by Helmut Newton - ©Helmut Newton - Archives Jitrois

JEAN CLAUDE JITROIS ©Helmut Newton

Parlez-nous un peu de vos collaborations artistiques… Comme celle avec Helmut Newton, par exemple !

Avec Helmut Newton j’ai entamé ma première collaboration lors d’une séance photo avec Sarah Marshall qui avait alors 14 ans. Elle incarnait la prime jeunesse, dans une série noir et blanc, tout en cuir Jitrois. Ensuite, nous avons collaboré une seconde fois pour un calendrier Jitrois. À cette occasion nous avions fait appel aux talents des décorateurs de l’Opéra Bastille qui ont réalisés des modèles géants de mannequins et de jambes en polystyrène. J’avais fait réaliser des modèles classiques de la maison Jitrois en cuir stretch et aux mensurations gigantesques : pantalons, tops en bandes minoray ou encore gants…

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Helmut Newton - ©Helmut Newton

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – ©Helmut Newton – Source : Archives Jitrois

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Shooting Sarah Marshall by Helmut Newton - Archives Jitrois

JEAN CLAUDE JITROIS – Shooting Sarah Marshall by Helmut Newton – Archives Jitrois

D’après vous, la mode est-elle un art à part entière ?

Aujourd’hui, toutes les capitales européennes font des rétrospectives liées à des tendances Mode. La Mode rentre au Musée de plus en plus régulièrement et à Paris notamment, des lieux de référence lui sont consacrés comme les Arts Décoratifs ou le Musée Galliera. Des pièces Jitrois ont d’ailleurs déjà été archivées au Musée de la Mode de Marseille. La mode est en effet le témoin d’une époque, d’une société et des personnes qui la composent, elle signe un moment, une circonstance et un état d’esprit.

Et quel est votre rapport à la mode urbaine ?

La mode urbaine, c’est le meilleur thermomètre pour connaitre l’air du temps. C’est une source d’inspiration parfois très enrichissante et toujours très instructive.

La femme moderne, qui inspire vos collections, en quoi a-t-elle changé, évolué ? Qu’à-t-elle de plus ou de moins qu’à l’époque de vos débuts ?

Ce qui a avant tout changé c’est le rapport homme / femme. La femme modèle n’est plus du tout une femme-objet mais est devenue une femme incarnée. Elle est présente à tous les niveaux de la société, elle vit, agit dans la société. Mais ce qui reste intacte, c’est qu’elle aime séduire.

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Paris Fashion Week Ready to wear Spring Summer 2015  - All Rights Reserved

Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – Paris Fashion Week Ready to wear Spring Summer 2015 – Source : Jitrois Press office

Quel est votre dress code au quotidien ? De quels créateurs votre garde robe est-elle constituée ?

Borninfashion - JEAN CLAUDE JITROIS - Le Cuir dans la Peau - Paris Fashion Week Ready to wear Fall Winter 2013/14 Final  - Archives©MSW

JEAN CLAUDE JITROIS – Ready to wear Fall Winter 2013/14 Final – ©MSW

Une chemise blanche Yves Saint Laurent, un pull en cashmere Bompard et mon pantalon en cuir stretch… Jitrois ! Jamais de total look !

J’ai besoin d’avoir un lien affectif pour porter telle ou telle chose, comme cette montre que j’ai au poignet… Tenez, regardez par exemple ce tableau derrière moi qui a été fait par César, spécialement avec des chutes de cuir venues de mon atelier. Une œuvre unique. C’est de ce lien affectif que je parle.

Avez-vous un remède anti-spleen ?

Mon grand remède c’est donc de me réveiller le matin avec le soleil qui se lève sur le Jardin des Tuileries, puis d’aller à la gym, me dépenser et à la fois recharger mon corps d’adrénaline pour affronter la journée en toute sérénité.

Il paraît que vous circulez plus à vélo qu’en voiture. Question d’habitude, un plaisir que vous avez conservé malgré votre activité prenante ? Geste écologique où simplement un besoin de bouger ?

Ce n’est pas une habitude, toutefois c’est une bonne initiative de la Mairie de Paris. Et c’est souvent une bonne solution aux embouteillages fréquents du centre-ville. C’est à la fois un geste « vert » et pratique, résultat d’une politique urbaine de la ville, qui permet de brûler des calories !! (rires)

Dans l’une de vos interviews, vous avez dit une belle phrase : « Mes parents disparus m’ont légué le goût de l’amour et le sens du bonheur. » Qu’est-ce donc, pour vous, le sens du bonheur ?

« Le sens du bonheur », ce n’est pas seulement ce que l’on regarde, mais la manière dont on regarde. Ce sont les rencontres heureuses : on aime ce que l’on ne possède pas tout entier.

Marguerite Yourcenar a écrit cette très belle phrase sur le bonheur « Le bonheur un chef d’œuvre, la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l’altère, la moindre lourdeur la dépare, la moindre sottise l’abêtit ». J’ai eu la chance d’avoir des parents qui étaient très aimants, et qui m’ont appris à aimer. Pour recevoir un peu, il faut donner beaucoup. Je crois que le bonheur subsiste que si on a envie de le conquérir, et surtout si une partie reste à découvrir.

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Borninfashion – JEAN CLAUDE JITROIS – Paris Fashion Week Ready to wear Fall Winter 2013/14 Final – ©MSW


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