EDITO – L’affaire LILY-ROSE

by / 22/07/2015 EDITO No Comments

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By Ira de Puiff &  Indigo

 

LILY-ROSE DEPP

La Mode n’est-elle devenue qu’une affaire de famille ?


L‘ affaire Lily-Rose fait débat sur la toile. «La mode est un métier de famille… », disait, dans l’une de ses interviews, Alber Elbaz. Si l’on prend cette phrase dans son contexte, il n’y a rien de mal à cela. La famille c’est la famille. Elle demeure la plus belle chose au monde. Si l’on voit cela de façon positive, son amour est inconditionnel, son accueil ainsi que son soutien sont constants, etc.

Il y a à peine quelques jours, toute la presse française nous annonçait, et non sans enthousiasme, que la Maison CHANEL avait choisi son nouveau « visage », et ce visage n’est autre que celui de… Lily-Rose Depp, la fille de Vanessa Paradis et Johnny Depp (au cas où vous n’êtes pas abonné à GALA et ne regardez jamais la télé). L’indétrônable Karl Lagerfeld, qui n’a pas besoin de présentations, a commenté l’heureux événement de façon suivante : «  Lily-Rose est ravissante, c’est une jeune fille d’une nouvelle génération avec des qualités de star ». Ni plus ni moins. Il nous semblait que « star » on ne l’est pas de fait, que pour décrocher la fameuse étoile, un long chemin, du talent et beaucoup de travail sont nécessaires… Mais si le Kaiser le dit, c’est que son choix est tout à fait justifié. Après tout, ce Brejnev de la mode, transforme toute chose en or, et est même capable de faire « star » son animal domestique, pour qu’il rapporte des millions.

Et puis, ce n’est pas nouveau. Il suffit de penser à tous les enfants de… qui ont arpenté le chemin sans épines du mannequinat : Kaia Gerber (fille de Cindy Crawford), Gigi Hadid (fille de Yolanda Foster), Georgia May Jagger (fille de Jerry Hall et Mick Jagger, of course)… En ce qui concerne cette dernière, on ne peut ne pas lui reconnaître un certain charme, mais l’histoire de sa mère est de loin plus passionnante. Née dans une banlieue obscure de Dallas (Texas), dont le père était un chauffeur de camions, Jerry Hall pouvait très bien finir comme caissière à la station d’essence du coin. Or son destin l’a poussée bien loin du pied de son arbre rachitique pour la voir devenir le Top Model mondialement connu. C’était une époque où l’on prenait encore le temps et le risque de dénicher des perles rares hors des sentiers battus, que voulez-vous.

Parlant de perles, Lily-Rose, pour débuter sa carrière de star, a été choisie pour la campagne en date de la collection de lunettes « Perle », de chez CHANEL.

Borninfashion - L'affaire LILY-ROSE - Lily-Rose Depp nouvelle égérie Chanel - Perle Sanglasses Collection - All Rights Reserved

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Sauf que, soyons clairs, cette ado embourgeoisée, aux lunettes rondes (toutes en perles évidement), avec son col Claudine, ne donne pas l’impression de s’épanouir là où elle évolue… Car n’oublions pas la seconde partie de la phrase d’Alber Elbaz, concernant le métier de famille : « [] où l’on devrait se sentir à l’aise ». Or, est-elle à l’aise, cette toute jeune fille au doux prénom de Lily-Rose, lorsque Karl Lagerfeld la désigne, pas seulement comme une star en devenir mais déjà comme une star affirmée. La preuve, elle en a les qualités. Et quelles qualités que n’auraient pas aussi de millions d’autres jeunes filles ? Ces qualités ne seraient-elles pas finalement celles d’être bien née, et de parents qui eux ont l’étoffe de ceux qui rayonnent ? N’est-ce pas une responsabilité un peu lourde à porter pour les frêles épaules d’une adolescente de 16 ans ? Et puis, vous nous direz, c’est très bien d’être qualifié de star, mais une star de quoi, et pourquoi ?

Dans sa publication datée du 08 juillet 2015, Lexpress.fr nous informe sur les multiples talents de cette jeune prodige (nous reprenons dans l’ordre): 

« Elle (Lily-Rose Depp) est très active (et très suivie) sur les réseaux sociaux », « accro à Facebook, Twitter et Instagram… ». Malgré son jeune âge, elle a déjà « plus de 25.000 abonnés sur Twitter et 200.000 sur Instagram. » ! C’est vrai, être suivi sur les réseaux sociaux (et ceci n’est pas une blague du tout) est devenu l’un des critères les plus importants du choix des mannequins actuels pour les marques qui les emploient. Mais passons. Parmi d’autres mérites, Lily-Rose a « un blog sur lequel elle partage ses dernières découvertes musicales et cinématographiques », et une apparition dans le film Tusk, « au côté de son papa ». Une autre éventualité aurait été étonnante. Après tout, l’affaire d’une carrière a toujours été plus ou moins une affaire de famille, seulement là, cela devient, comme dirait Jean Paul Gaultier, un peu trop « consanguin ». Le club, dirait-on, ne cesse de se replier sur lui-même. La crème de la mode, n’est-elle pas en train de devenir une famille qui s’invite à pique-niquer (un picnic très chic, attention !) et dont les heureux membres ne se fréquentent qu’entre eux, pour ne prendre aucun risque ? Et pour le reste, les prolos, ils gardent toujours la possibilité d’observer ces petites sauteries, l’œil collé à leurs longues-vues. Mais attention, à la limite ils peuvent jeter un œil, mais hors de question d’y participer. Il ne manquerait plus que ça !

L’élite Fashion était jadis composée de créateurs de talent, de rédactrices de magazines dénicheuses de ces mêmes talents, de mannequins débarquées de contrées lointaines ou de la porte d’à côté et devenues des Tops, de photographes qui avaient cette capacité de figer un instant de beauté, parfois (et même souvent) avec ses failles. Aujourd’hui, cette élite est remplacé par les groupes de luxe, la grande presse mainstream et les fameux DA. Une sorte de Cour Royale interdite aux manants. Une secte autosuffisante, avec ses Gourous et ses rituels. Une caste qui fonctionne en autarcie, sans laisser de place au hasard, où tout est parfaitement calibré…

L’affaire Lily-Rose n’est, certes, qu’un cas parmi d’autres, de l’investissement sûr, d’un marketing qui cible large. La « moue boudeuse » d’une adolescente issue des « élites » et habillée en grand-mère, fera probablement vendre les fameuses lunettes, parées de perles, siglées CHANEL. L’Instagram de « La Star » en herbe va s’enflammer, les nouveaux suiveurs vont quémander son amitié virtuelle. Elle débutera tel un « Super Model » là où d’autres passent une carrière entière de travail et de sacrifices pour y arriver, puis finira au cinéma, et même au théâtre pour prouver que son talent ce n’est pas des blagues, tout en s’essayant à la musique, parce que sinon, elle ne serait pas une « star » complète…

Borninfashion - L'affaire LILY-ROSE - Lily-Rose Depp - All Rights Reserved

Borninfashion – L’affaire LILY-ROSE – Lily-Rose Depp – All Rights Reserved

Mais la question n’est pas là. La vraie question que l’on se pose en parcourant les éloges consacrées à Lily-Rose dans la « presse-payée-pour-ça », est : si la nouvelle égérie de CHANEL n’était pas la fille de…, aurait-elle eu les mêmes chances ? Oui, on sait, la question n’est pas très objective, mais elle mérite tout de même d’être posée vu le tapage médiatique que nous avons vécu ces derniers jours ! Qui blâmer, s’il y avait quelqu’un à blâmer ? Cette jeune fille, qui finalement s’est trouvée là à la bonne place, au bon moment, issue des bons parents, et qui suscite des sentiments d’envie, de jalousie, mais qui peut inspirer comme agacer, insuffler des vocations comme allumer la colère… – ou bien le système qui se nourrit de tous ces sentiments pour mieux marketer ses produits, en user sans vergogne pour son propre profit ? C’est un miroir dans lequel on peut aisément s’y perdre… Après tout, on ne manque pas d’exemples parmi les enfants stars.

D’autre part, n’oublions pas une chose : tout système clos qui ne laisse pas entrer du sang nouveau, qui a peur de tout ce qui est extérieur, un jour ou l’autre se casse la figure. Car, ne s’intéressant que de lui-même, à force, il cesse d’intéresser « l’extérieur ». En même temps, un nouveau système se met en place, un système alternatif, plus ouvert, moins sécure, qui ouvre ses portes à ceux qui n’ont pas eu la chance de naître au sein de la Cour, mais qui n’ont pour autant pas moins de talent et d’énergie créative…

Nous souhaitons cependant, à cette jeune fille, qui ne doit pas manquer de caractère, de ne pas se perdre dans les tréfonds du miroir qui la recrachera, une fois qu’il aura usé de sa jeunesse et sa notoriété. Nous lui souhaitons une belle vie professionnelle dans laquelle elle pourra aussi s’épanouir…


Ira de Puiff - Indigo

By Ira de Puiff & Indigo

 

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